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POLITIQUE INTERNATIONALE ET CANADIENNE EN 2018 Les voies ensoleillées se sont couvertes de nuages

La Presse – 22 décembre 2018

En juin 2016, une majorité de Britanniques ont voté dans un référendum pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Deux ans et demi plus tard, les citoyens sont profondément divisés et le pays est embourbé dans une inquiétante crise. L’échéance approche rapidement et il est probable que le pays se retrouve hors de l’Union européenne sans plan B pour amortir le choc, qui s’annonce brutal, sur son économie et sur la valeur de sa monnaie.

En novembre 2016, contre toute attente, l’infâme Donald Trump a remporté la présidence des États-Unis. Depuis, il a retiré son pays de grands traités internationaux, il nie l’urgente nécessité de réduire les gaz à effet de serre et il multiplie les affrontements avec ses alliés traditionnels. L’inquiétude et l’instabilité règnent. À la suite de la réunion du G7 tenue à La Malbaie, il traite le Canada comme un adversaire et a forcé une renégociation de l’ALENA qui nous pénalise. Une situation qui n’annonce rien de bon pour le Canada.

En mai 2017, à la surprise générale, Emmanuel Macron remporte haut la main la présidence de la France et raye de la carte du même coup les deux grands partis traditionnels. Les Français semblaient enfin décidés à se libérer de leur immobilisme et à réassumer un leadership face aux agressions de Trump. Malheureusement, à peine 18 mois plus tard, la France se retrouve plongée dans une profonde crise qui ne peut qu’affaiblir son président et le pays.

En Allemagne, la puissante Angela Merkel, à qui les Allemands reprochent sa trop grande ouverture à l’endroit des migrants, s’est vue forcée d’annoncer sa retraite prochaine. L’instabilité s’installe dans le pays. L’Union européenne, déjà sous la pression du Brexit, se voit ainsi affaiblie par la situation en Allemagne et en France, ses deux piliers.

Depuis, le mouvement vers le populisme et l’extrême droite se poursuit. En Europe, l’Italie, l’Autriche, la Pologne et, oui, la Suède ont élu des gouvernements qui, à des degrés divers, sont très à droite. En Asie, les Philippines sont gouvernées par un dictateur qui n’hésite pas à éliminer ses adversaires. En Amérique du Sud, le Brésil vient de se doter d’un gouvernement nettement populiste.

Ces situations de crise ne sont pas le fruit du hasard. Selon les analystes, leurs causes sont nombreuses et se recoupent d’un pays à l’autre.

Les gens sont en colère et ont le sentiment d’être ignorés ou laissés pour compte, de perdre du terrain face à la montée des prix, des taxes et des impôts, d’être victimes des coupes et de la délocalisation des emplois, de voir la richesse accaparée par les 1 % les plus riches et de subir l’inefficacité des services gouvernementaux. Enfin, ils veulent fermer leurs frontières aux migrants.

Un contexte de changement

Au Canada, le contexte politique a bien changé au cours des trois dernières années. La Colombie-Britannique est maintenant dirigée par un parti vert, une première. L’Ontario a récemment élu le populiste Doug Ford, émule de Donald Trump. Enfin, au Québec, un nouveau parti de centre droit dirigé par François Legault, la CAQ, vient d’être élu avec une confortable majorité de députés. À la même occasion, un parti d’extrême gauche, Québec solidaire, dirigé par une femme, a fait élire autant de députés que le Parti québécois. Force est de conclure que le Canada est lui aussi engagé à sa manière dans la voie du changement.

Sur la scène politique fédérale, la situation a bien changé. Les voies ensoleillées du début de mandat de Justin Trudeau se sont couvertes de nuages. Les libéraux ont maintenant en Doug Ford un adversaire en Ontario et ils se retrouvent, de plus, entre deux adversaires irréconciliables sur les sables bitumineux et la construction d’oléoducs, le Québec et l’Alberta.

De leur côté, les conservateurs d’Andrew Scheer, souvent mis dans l’embarras par Ford, vont perdre une partie de leurs appuis aux mains du nouveau parti de Maxime Bernier. Enfin, le fait que le diable est aux vaches chez le NPD de Jagmeet Singh et que l’avenir du Bloc québécois demeure nébuleux ajoute à l’incertitude. Les jeux sont loin d’être faits.

En octobre, Justin Trudeau va faire face à des adversaires en Ontario, en Saskatchewan, au Nouveau-Brunswick et fort probablement en Alberta. Pour remporter les élections, il va devoir faire des gains dans un Québec qu’il a tenu pour acquis.

On ne peut oublier son arrogance et son mépris à l’endroit de Philippe Couillard et de sa position sur le statut du Québec au sein du Canada. Tel père, tel fils !

On se rappelle aussi son attitude envers Bombardier lorsque cette dernière tentait de sauver la C Series, envers le Chantier Davie en comparaison des chantiers d’Halifax et de Victoria, envers l’industrie laitière devenue la monnaie d’échange des traités de libre-échange avec l’Europe et les États-Unis, envers les réticences sur la légalisation précipitée du cannabis et sur la création à Toronto d’une commission canadienne des valeurs mobilières.

En définitive, tout permet de croire que, sans tomber dans le populisme, le changement n’épargnera pas Ottawa. Par contre, la forme que prendra ce changement demeure inconnue. Bien des choses peuvent se produire au cours de 10 mois.

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