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Chronique Santé: Éloge de la transparence

Alain Dubuc, Collaboration spéciale, La Presse+

La semaine dernière, le Commissaire à la santé et au bien-être (CSBE) a publié les résultats pour le Québec d’une enquête internationale du Commonwealth Fund, un organisme indépendant reconnu pour ses analyses des systèmes de santé.

Cette étude porte sur la perception qu’ont les patients de leur système de santé et sur leur expérience avec ce système. Elle montre que, parmi 11 pays industrialisés, le Québec est carrément au dernier rang pour l’accès aux soins et que c’est au Québec que les gens sont les plus négatifs. Disons que ces informations ne sont pas inutiles quand on est au cœur de réformes majeures, et que la santé reste la première préoccupation des citoyens.

Ces informations, on ne les aurait pas si le Commissaire à la santé n’avait pas pris l’initiative de participer à part entière, comme un pays, aux enquêtes du Commonwealth Fund, avec les échantillons que cela exige. Cela permet au Québec, tout comme à l’Ontario qui a pris la même décision, de disposer de données comparatives avec 11 pays (Canada, États-Unis, France, Allemagne, Norvège, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suisse, Suède, Nouvelle-Zélande, Australie).

Et qu’arrive-t-il à l’organisme public québécois qui a eu cette bonne idée ? Il va disparaître, victime du couperet de l’austérité.

On ne sait pas trop non plus ce qui arrivera à la participation du Québec à l’enquête du Commonwealth Fund.

Ce rapport envoie donc, en quelque sorte, un message sur l’importance d’outils d’analyse comme celui-là, qui permet de comparer notre système de santé à celui d’autres pays avancés, de suivre l’évolution du système québécois puisque l’enquête se poursuit au fil des ans. Les comparaisons et la mesure des résultats sont essentielles quand on mène des réformes d’envergure, pour évaluer les progrès, pour comprendre les perceptions. C’est l’essence même des politiques basées sur des faits.

Mais le Québec n’a jamais été fort sur l’information en santé : on ne sait pas grand-chose sur la rémunération des médecins, sur le coût des soins, sur les attentes. Et quand on sait quelque chose, ce n’est pas public, parce qu’on n’est pas très fort non plus sur la transparence.

Le Québec est très en retard, quand on le compare à d’autres économies avancées. Disons qu’au chapitre de l’information, le Québec était à l’ère du Cro-Magnon. Avec des décisions comme l’élimination du CSBE, il recule tranquillement vers celle du Néandertal.

Cette enquête porte sur la perception des gens, avec les biais que cela comporte. Mais il est important de connaître et comprendre l’opinion que les citoyens ont du système de santé, parce que c’est pour eux qu’il existe. Et que ce sont eux, finalement, qui en déterminent l’évolution comme électeurs.

L’étude fournit également matière à réflexion. On peut, par exemple, en dégager trois grands messages.

Le premier, c’est le désastre de l’accès. Les Québécois ne sont pas contents. En 2016, à peine 22 % pensaient que leur système de santé va assez bien, deux fois moins que la moyenne des onze pays. Et derrière cette insatisfaction, des problèmes réels d’attente et d’accès, où le Québec est soit dernier, soit avant-dernier, pour l’accès à un médecin de famille, un rendez-vous le jour même, les visites le soir ou les week-ends, l’accès à un spécialiste, les délais chirurgicaux, l’attente aux urgences. Mais ce n’est pas nouveau, les résultats étaient similaires en 2010 et en 2013. Et cela montre que le ministre Gaétan Barrette s’est attaqué aux bons problèmes, quoiqu’il soit loin d’être certain qu’il ait pris les bons moyens.

Le deuxième grand message, c’est que pour tout le reste – la coordination des soins entre professionnels, la qualité des soins, le temps consacré aux patients, le suivi des médicaments, la prévention, la qualité de la relation avec les médecins, la prévention, etc. –, le Québec se compare très bien aux autres, avec des résultats égaux sinon supérieurs.

Il y a, au Québec, une qualité qu’il ne faudrait pas compromettre dans la quête de la quantité.

Le troisième message, c’est que si le Québec se classe très mal pour l’accès, l’Ontario et le Canada ne font guère mieux. Il y a donc un problème canadien, que l’on voit dans d’autres études du Commonwealth Fund reposant sur des mesures scientifiques plutôt que sur des sondages, où le Canada se classe au 10e rang sur 11 pays, à cause de cela. Cela ouvre la porte à un beau débat sur les effets pervers du système canadien, de ses normes, de son architecture.

Mais pour que cette réflexion soit possible, pour qu’il y ait un débat public, il faut des données, des études, des analyses, publiques, accessibles, indépendantes. Et non pas l’information complaisante qu’un ministre distille au compte-goutte.

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